Et si notre monde manquait de féminin ?

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8 mars, journée internationale des droits des femmes. L’occasion de se poser et faire une sorte de bilan. Se féliciter sur les choses qui ont progressé et se révolter pour faire bouger ce qui ne va toujours pas. Car oui, des oppressions subsistent, voir reviennent, alors il est important de rester mobilisé pour une société plus juste où chacun pourra rêver sa vie selon ses termes et aura les moyens de s’accomplir. Parce que les combats féministes, sont des leviers pour questionner la manière dont nos sociétés se sont construites. Toutes les populations oppressées bénéficient de la remise en cause de la valorisation des qualités dites masculines (compétition, domination, performance, force) au détriment de qualités considérées féminines (empathie, soin, attention aux autres, douceur).

En voyant l’état du monde, je pense que nous sommes nombreux à nous accorder sur le constat que les comportements ultra virilistes ne sont pas vertueux. La question qui se pose maintenant est comment pouvons-nous aller au-delà du constat pour changer la donne. Si vous me connaissez un peu, vous devinez ma réponse. Je pense que l’imaginaire, les mots, la culture sont l’outil le plus puissant pour changer les choses. Alors en ce 8 mars, je vous invite à rêver et à imaginer avec moi. À quoi ressemblerait le monde si on redonnait toute leur place à ces valeurs qu’on appelle parfois “féminines” ? Si tout le monde, hommes comme femmes était encouragé à les exprimer?

Parce que je rappelle que ce n’est pas la nature qui nous assigne à ces rôles de féminin ou de masculin.  Biologiquement parlant, une femme c’est un humain doté d’organes sexuels féminins, de moins de testostérone, plus d’œstrogène, d’un larynx moins large et de chromosomes XX. Ces facteurs physiologiques peuvent créer des tendances mais ne déterminent pas les comportements.

« Les femmes ne sont pas (…) obéissantes, chastes, parfumées et parées de manière exquises par nature. Elles ne peuvent acquérir ces ornements, sans lesquels il leur est impossible de jouir d’aucun des plaisirs de l’existence que par une fastidieuse discipline. » Virginia Woolf

 Il existe tout un spectre de variations dans les corps humains, la Nature n’a pas strictement séparé les hommes des femmes. Et encore moins leurs comportement. Concernant les hommes et les injonctions de virilité auxquels ils doivent répondre, la féministe Bell Hooks parlait d’automutilation psychique car ça les encourage à se couper de leur dimension affective.

Et surtout, nous sommes plus que des êtres définis par leur seule biologie. Nous sommes multidimensionnels. Des êtres de chair bien sûr mais aussi des êtres culturels, sociaux, spirituels. Ce n’est pas la Nature qui a dit « qu’il fallait mettre  les femmes « Mesdames, soyez douces, maternelles, désirables… » et « Messieurs, soyez forts, compétitifs, dominants ». C’est nos sociétés patriarcales qui nous ont polarisés de cette manière puis ont donné l’ascendant à ce qui est très masculin.

Je vous propose maintenant quelques lectures pour rêver ensemble de ce monde nouveau qui reconnaitrait toutes les dimensions de l’humain.

sélection de 3 livres féministes

L’émancipation des femmes et la lutte de libération de l’Afrique de Thomas Sankara

Ce livre est une retranscription du discours du 8 mars 1987 de Thomas Sankara à l’Union des femmes burkinabè.

« Nos femmes ne doivent pas reculer devant les combats multiformes qui conduisent une femme à s’assumer pleinement, courageusement et fièrement afin de vivre le bonheur d’être elle-même et non par la domestication d’elle par lui »

J’aurais pu commencer par vous parler du livre d’une autrice mais je pense que ce discours prononcé par un homme portant un combat universel illustre bien l’importance de l’avancée de la condition féminine pour nous tous en tant qu’humanité. Les droits des femmes ce n’est pas les femmes contre les hommes, c’est questionner un ordre établi sur le seul principe de la force virile pour faire progresser le monde entier. 

« Il n’y a de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée. Que jamais mes yeux ne voient une société, que jamais mes pas ne me transportent dans une société où la moitié du peuple et maintenue dans le silence. »

Dans son discours, Sankara défend l’idée que la libération des femmes n’était pas un sujet secondaire. C’était une condition essentielle de toute révolution. Il imaginait une société dans laquelle les femmes exprimeraient leur force, leur autonomie, leur liberté… et où les hommes participeraient pleinement aux tâches du foyer et à la vie familiale.

« Que dire des tâches ménagères, absorbantes et abrutissantes, qui tendent à la robotisation et ne laissent aucun répit pour la réflexion ! (…) L’homme et la femme au foyer se partageront désormais toutes les tâches du foyer. » Thomas Sankara

La Puissance du féminin, de Camille Sfez

Ce livre de Camille Sfez est contemporain. Il s’inscrit dans la mouvance actuelle d’affirmer la puissance du féminin (empathie, coopération, intuition). Et pour les femmes de se réapproprier leurs corps, d’y voir un lieu de puissance qui n’a pas pour seule fonction d’être désirable ou être maternel. Elle donne des clés et propose des rituels pour ne plus adosser sa valeur au regard masculin.

Le livre est organisé en deux parties. Dans la première, elle développe des moyens pour les femmes de se reconnecter à leurs corps. Elle aborde par exemple le cycle menstruel, non pas comme une contrainte, mais comme une forme d’intelligence du corps : des moments où l’on est plus tournée vers l’action, et d’autres vers l’introspection. Elle propose des rituels et la participation à des cercles de femmes.

« Les femmes sont conviées à établir une authentique relation d’amour avec elles-mêmes et avec toute la gent féminine. En s’affranchissant des cicatrices laissées en leur corps, en leur cœur et en leur âme par les diktats du pouvoir patriarcal, elles reprennent ainsi leurs pouvoirs véritables et regagnent leur dignité » Témoignage de Lise Coté (le livre est rempli de témoignages qui viennent illustrer les propos de Camille Sfez)

Les passages qui m’ont le plus touchés sont ceux où elle parle du lien particulier que les femmes ont ancestralement avec la terre mère. Ils font écho à la réhabilitation des sorcières et au féminin sacré. D’ailleurs, il y a de très beaux livres qui abordent ces thématiques dont je dois vous parler.

Dans la seconde partie, elle réhabilite la puissance du féminin pour les hommes comme pour les femmes. Elle affirme le pouvoir de l’empathie, la coopération et l’intuition. Parce qu’il y a quelque chose de parfaitement schizophrène à vivre dans la culture patriarcale pour les femmes qui veulent conquérir plus d’agentivité dans leur vie. Il faut faire preuve de féminité mais pas trop si on ne veut pas être discrédité dans sa quête pour conquérir plus de pouvoir. Bell Hooks parlait de l’automutilation psychique des hommes, on observe le même phénomène chez les femmes ambitieuses que Camille Sfez surnomme « amazones ». Mais je trouve en pire parce que les femmes sont sommées d’exprimer des qualités féminines et masculines. Je trouve son texte profondément réparateur pour nous tous humains car il  réconcilie la volonté d’avoir un impact sur le monde avec l’expression de l’ensemble de la palette des sensibilités humaines.

« Beaucoup d’entre nous ont confondu le pouvoir sur l’autre avec le pouvoir de faire quelque chose. Ce pouvoir là, c’est notre capacité à être à notre juste place et à contribuer au monde avec notre unicité. »

Futur·es : comment le féminisme peut sauver le monde de Lauren Bastide

Et pour finir,Future.es de Lauren Bastide dont je n’ai encore lu que quelques pages (l’intro et la partie sur l’écoféminisme). Elle commence fort en nous rappelant le rapport du GIEC qui constate que notre maison la Terre, on est en train de la bruler puis elle enchaîne avec les guerres, l’extinction de masse et autres joyeusetés. Avides d’espoir ? Passez votre chemin ! Enfin, pas vraiment parce qu’après tout ça, elle propose une autre voie : le féminisme.

« Un regard féministe sur le monde, c’est caresser des yeux chaque grain d’un épiderme, capter les liaisons et les circulations, englober la planète d’un souffle. Et ce simple regard a la faculté colossale de résoudre la plupart des grands maux de l’humanité. »

Elle voit le féminisme radical comme libérateur pour tous les êtres vivant car prendre conscience d’une oppression c »est lutter contre toutes les oppressions puisque que l’oppresseur est le même à chaque fois.  Qui oppresse les classes populaires, les non-blancs, la Nature si ce n’est l’idéologie patriarcale ultra viriliste qui normalise l’oppression du plus fort ?

Elle développe l’idée que les femmes ont un lien particulier à la Terre.  C’est une pensée qui réhabite l’archétype de la sorcière, ces femmes mises au ban de la société parce qu’elles ne cadraient pas avec ce qu’on attend d’une femme dans une société patriarcale ou qu’elles détenaient une connaissance singulières de la Nature. De quoi bousculer nos imaginaires, écouter leurs voix et qui sait dessiner un avenir meilleur en harmonie avec la Nature.

 » Les femmes prennent la parole (…). Pour elles-mêmes et pour les autres êtres qui ont été silencieux, ou réduits au silence, ou in-ouïs, les animaux, les arbres, les rivières, les roches. Écoutez. » Ursula le Guin

Comme je vous disais, je n’ai pas encore fini son livre mais j’ai hâte de le faire pour porter un regard féministe sur  toutes les problématiques du monde et rêver à un futur où l’on repense nos manières de vivre, de produire, d’éduquer, d’aimer et de prendre soin de notre foyer commun. Bref, un futur où l’on sort d’une logique de domination pour aller vers une logique d’Amour.

Pour conclure

En ce 8 mars, ne réclamons pas simplement pour les femmes et les intersexe les mêmes droits que les hommes. Parce que même avec des droits égaux, quel monde construirons nous si on continue à valoriser seulement la domination, la compétition et la force ?

Rêvons plutôt de ce à quoi notre société pourrait ressembler si on redonnait toute leur place à d’autres qualités humaines : l’empathie, le soin, la coopération.

Je suis curieuse d’avoir votre avis. RDV en commentaires 🙂 !

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